Nicolas Gilles, un jeuvideologue. [l’interview]

Bery: Bonjour Nicolas, bienvenu à toi sur 2nd-impact, je te laisse te présenter brièvement à nos lecteurs.

Nico: Ouch, difficile de parler de soi… Heu, je suis donc Nico du site Obsolete Tears, j’ai trente ans et je suis tombé dans le jeu vidéo tout petit. Ma mère m’a même dit une fois que je ne voyais pas passer le ballon du petit voisin tant j’étais absorbé dans ma partie de Game & Watch… Du coup, avec les années, ça a empiré.Heureusement, pour éviter de m’enfermer et rester en slip dans l’obscurité de ma chambre, je me suis intéressé à pas mal d’autres choses : la musique, la lecture ou encore le cinéma ; mais ça, c’est encore autre chose, je me passionne vite pour tout plein de choses.
Bery: Mais que fais Monsieur Nicolas GILLES dans la vie de tous les jours?

Nico: Je suis chef de projet dans une agence de communication en province. Du coup je vois avec les clients comment faire leur site, établir leur stratégie de communication sur le net et tout ce qui s’ensuit. C’est assez intéressant puisque cela permet de voir des choses très différentes en fonction des clients. J’étais au départ développeur, mais je me suis lassé de la technique pour la technique et le fait de me remonter en amont de la chaine de production m’a bien aidé à progresser.
Bery: Tout d’abord, LA question qui mettra une touche sonore à notre conversation, quelle est le dernier morceau de musique/chanson que tu as écouté?

Nico: C’est Predator de Danforth, un groupe parisien de hardcore metal dans la lignée de Kickback. Il va donc falloir parler assez fort ! Histoire de pouvoir s’entendre on peut aussi mettre le dernier album de Mountain Men, un excellent groupe de blues français que j’ai eu la chance de découvrir en concert dernièrement.

httpv://www.youtube.com/watch?v=b17B9IdD4Mo


Bery: Quel a été ton premier contact avec la Micro-informatique et les jeux vidéo?

Nico: Comme beaucoup de trentenaires, ça a été le Plan Informatique pour Tous. J’ai donc commencé sur un TO7, mais j’ai réellement pris le virus sur un TO8D que la mairie avait acheté pour l’école lors du renouvellement du parc informatique. C’était vraiment old school, et il y avait cette sorte d’alchimie à mettre en place (« ne touches surtout pas le clavier pendant que ça charge ! ») que je m’amusais à essayer de comprendre…
J’ai d’ailleurs pu récupérer CE TO8D il y a quelques années, lorsque l’école voulait le jeter. Il est totalement pourri et déconne tout ce qu’il peut, mais c’est certainement l’une des pièces que j’apprécie le mieux dans ma collection.
Bery: On te connait tous, enfin, pour beaucoup, pour l’excellent Obsolete Tears. Avant de parler de ce dernier, peux-tu nous dire si tu avais participé ou réalisé d’autres sites internet avant celui-ci?

Nico: J’ai toujours aimé l’informatique, et le net m’a attiré très tôt. Venant de la Nièvre, il faut avouer que le département était très en retard à ce niveau, mais cela m’a permis de découvrir pas mal de choses à une époque où presque tout était encore à poser. Je me suis donc lancé dans la création d’une association informatique, qui pour l’anecdote a été l’organisatrice des Infoticaires jusqu’à il y a deux ans. Du coup, je m’étais occupé de créer le site de cette association, ainsi que celui de la commune. Ces deux sites ne sont plus en ligne, et ce n’est pas pour me déplaire tant j’aurais certainement honte de les voir !Je remate parfois des anciennes versions d’Obsolete Tears, et j’ai mal aux yeux. Mention spéciale à la version avec la mosaïque d’herbe en fond… Je m’excuse platement auprès des quelques internautes qui fréquentaient le site à cette époque !


Bery: Peux-tu nous parler de la création d’Obsolete Tears et du travail que tu effectues quotidiennement (ou presque!) dessus?

Nico: Le site est très lié à ma collection et à ma passion pour le rétro en général. Quand j’ai commencé la collection, dans les années 1995 / 1996, il n’y avait pratiquement aucune source me permettant d’en apprendre plus sur les vieux bouts de plastique que je ramenais de brocante. Il existait déjà Silicium et MO5.com (qui n’avait pas encore son .com à l’époque et n’était même pas encore une association !), mais il n’y avait pas tout ce que je voulais. Beaucoup de sites anglais existaient également, mais il y avait la barrière de la langue. Du coup, je me renseignais à droite et à gauche, et compilais mes informations, si bien qu’en 1999 j’ai décidé de proposer cela à tout le monde par le biais d’un site Internet.Au départ, cela s’appelait Consollection, un terme repris au magazine Les Puces Informatiques. Par la suite, j’ai utilisé le terme d’Obsolete Tears, le titre d’une chanson de black metal d’un groupe obscur nommé Sacramentum (aux deux premiers albums excellents !).
Le site a donc évolué autour de mes attentes dans la collection. Ainsi, au départ, j’y ai compilé les informations sur les machines que je récupérais. J’ai aussi fait des dossiers, me permettant d’offrir une vision plus large sur le site. Entre temps, et principalement grâce à Kotomi (qui a depuis quitté la scène, ce qui est vraiment dommage), j’ai lancé une rubrique technique, permettant de parler de tout plein de bidouilles techniques, de peinture, de switch, etc. Heureusement, certains contributeurs me permettent encore de poster de nouvelles choses (dadou55, c’est de toi que je parle !).

httpv://www.youtube.com/watch?v=hQsF9u8ihfo


Depuis quelques années, j’axe le développement du site principalement autour des tests de jeu. A force de récupérer tout plein de machines et de consoles, j’ai voulu me recentrer sur ce qui fait leur essence même : les titres qu’elles accueillent ! Mon objectif est de faire des petits tests courts, histoire que les gens puissent découvrir des choses. Mon idée n’est donc pas de parler de Zelda (bien que…), mais plutôt de Dark Arms sur Neo Geo Pocket Color qui rappelle le principe du jeu de Nintendo mais qui est autrement moins connu par exemple.
Ce que je regrette, c’est de ne pas avoir assez de temps (et de motivation) pour me repencher sur les vieux articles. Ma vision est mes connaissances ont pas mal évolué, et je pourrais corriger beaucoup de choses…
Bery: On peut lire en 2004 sur ton site internet, que tu avais passé la barre des 400 machines… on est curieux ici de savoir à combien tu en es en 2011 ?

Nico: Actuellement je dois en être entre 650 et 700, mais je ne récupère plus trop de nouvelles choses. Je préfère mettre de l’argent dans des jeux que dans des versions collector de consoles. Du coup au niveau jeux j’en suis à environ 6000 actuellement.
Bery: Quelle a été ta plus belle trouvaille, non pas en qualité, ou en cotation, mais celle qui t’as fait le plus accélérer le rythme cardiaque?

Nico: Pas évident de savoir… Comme dit plus haut, le fait de récupérer ce TO8D, ou encore la tortue logo ‘live’ qui m’avait été présentée à l’école étant gamin me laisse un sacré souvenir, tout simplement parce que ça joue à fond sur ma corde nostalgique.Dans le genre plus rigolo, il y a aussi la fois où j’ai récupéré une palette de MO5 dans une brocante… Les gens rigolaient bien en nous voyant passer moi et mon pote !Il y a aussi la fois où j’ai été dans un club Microtel parce que le responsable de la salle allait jeter tout ça, pour finalement faire deux tours de voiture avec du Goupil 2, 3, PC et même deux modèles de Tavernier, un ordinateur vendu uniquement en kit avec la revue Haut-Parleur au début des années 1980 ! Plus que le fait d’avoir trouvé des choses rares, c’est la satisfaction d’avoir sauvé ces machines de la benne qui m’a le plus plu (le deuxième Taviernier a été donné à Silicium par exemple).
Bery: Aujourd’hui tu fais toujours les brocantes?

Nico: Oh oui, toujours autant ! Et je dois dire que je trouve toujours beaucoup de choses. Le tout, c’est d’avoir le courage de se lever tôt, et quand on est couche-tard et amateur de musique, de concerts et de festivals comme moi, ce n’est pas toujours une mince affaire ! Mais le jeu en vaut généralement la chandelle. Il faut aussi dire que je recherche aussi des jeux sur PS2, Xbox et des choses récentes. Car il faut avouer que trouver des jeux Atari 2600, de nos jours, est très rare. J’ai constaté que dans les brocantes on remonte à 10 / 15 ans, mais rarement plus. Et puis comme j’habite dans une belle région, j’ai l’avantage de faire une belle balade, que je trouve des choses ou pas.
Bery: En plus d’Obsolete Tears, tu es l’organisateur d’une convention peu commune qui a lieu chaque été. Les Infoticaires! Peux-tu nous en dire plus?

httpv://www.youtube.com/watch?v=QV9hLnx2Md8


Nico: Les Infoticaires ont été créées en 2001 après avoir été au Vieumikro, organisé par l’association Silicium l’année précédente (et qui a également lieux tous les ans). Cette manifestation se déroulant à Toulouse, je me disais que ce pourrait être une bonne idée que de faire quelque chose de plus central, en Bourgogne. C’est d’ailleurs marrant de voir que, si je ne me trompe pas, la RGC a commencé en petit comité en cette même année. A l’époque ça s’appelait la Jaguar Connexion. Ils en ont fait du chemin !
Cela vient aussi d’un principe entre potes, que l’on appelle « bière et pad » : on se retrouve et on bois de la bière en jouant aux jeux vidéo. Tout un programme…

Ensuite, les Infoticaires ont grossi pour arriver à la vitesse de croisière de 40 à 50 collectionneurs présents dans le week end. On ne veut pas accueillir plus de monde. On tient à ce que cela reste à Courcelles dans la Nièvre, au milieu de la nature et des vaches. On connait les gens, la mairie nous soutient et nous fait confiance, et on veut rester avec ça. De plus, nous ne sommes que quelques-uns à organiser : JPTom, Julie (ma copine) et moi, du coup, on ne peut pas se permettre de faire plus gros !
D’autant que l’idée est simple : faire du convivial. Du coup si on est trop nombreux, on perd ce côté familial. A noter également que le vendredi soir, pour ceux qui veulent arriver un peu plus tôt, on mange tous au restaurant du village ; le patron est très sympa, c’est pas cher et vachement bon !
Bery: Cette année aura lieu les 10 ans des Infoticaires… As-tu prévu des petites surprises? Un scoop?

Nico: Le problème, c’est qu’on est de grosses feignasses. On aimerait bien faire un T-Shirt, JPTom a fait un chouette logo pour le site, et on pourrait imprimer ça, mais il faut que je voie avec un imprimeur… A voir si ça sera effectué dans les temps !Sinon on va essayer de trouver un concours débile, comme chaque année. Vu qu’on a fait des concours de lancer de n’importe quoi (disque dur, pc, console, etc.) il va falloir que l’on se creuse un peu plus la tête.
Bery: Tu es aussi rédacteur chez la chouette équipe de passionnés: Pix’n’Love.. Comment as-tu rejoins l’équipe et que fais-tu pour le Mook ?
Nico: Au départ, c’est Florent Gorge, qui a depuis créé sa propre boite Omake Books, qui m’a contacté pour me demander de participer au mook pour alimenter la rubrique micros. J’ai été vraiment flatté qu’un journaliste pro me demande de participer à une telle entreprise ! Finalement, je me suis diversifié dans mes piges, avec de l’arcade, des consoles, etc. Je me suis aussi beaucoup tourné du côté des interviews histoire d’avoir des infos exclusives à mettre dans mes historiques. L’écriture dans un mook est autrement plus difficile et exigeante que sur le net. Une fois que c’est écrit, pas moyen de modifier ! Il faut donc bien vérifier ses sources et savoir proposer autre chose qu’une compilation de choses trouvées sur le net, et pour ça, les interviews constituent une bonne base.

httpv://www.youtube.com/watch?v=AOZAMhh_FMc


J’ai également participé à d’autres ouvrages chez Pix : la Bible NES qui vient de sortir, celle sur la Dreamcast qui sera prochainement disponible, et une dernière, dont je ne peux pas encore parler !

 

Bery: Selon toi quel est le plus gros site ou la plus grosse communauté francophone de jeux vidéo rétro?
Nico: Encore une question difficile ! Je ne crois pas qu’il y ait « le plus gros » ou « le principal ». Avec les années, la communauté des retrogamers s’est morcelée, diversifiée en fonction de ses affinités : Silicium et MO5.com sont toujours là et drainent une belle communauté, mais d’autres, comme la RGC, NES Pas, Grospixel, Retrotaku, Pixels Pirates et beaucoup d’autres constituent autant de bastions rétro, chacun ayant sa propre mentalité. Tout évolue au gré du temps. Par exemple, Gamopat a été créé par le doc après qu’il se soit fait virer du forum de Silicium, et Pixels Pirate est lui-même dû à une mésentente entre Usebu et le doc je crois. Le hasard fait parfois bien les choses.

Du coup, quand j’ai lancé le forum d’Obsolete Tears, longtemps après le site en lui-même, je me suis dit que je morcelais un peu plus la communauté. Finalement, cela n’a pas été le cas.

Bery: Ca ne t’agasse pas cette mode du « retro-gaming » remit à toutes les sauces dans des micro émissions de télé, les sites généralistes, sur-enchérie dans les magasins, etc etc?
Nico: Non ça ne m’agace pas, ça me passe même plutôt au-dessus.

Je trouve ça plutôt positif finalement, puisque beaucoup plus de personnes partagent ma passion.
Ce qui me gonfle un peu par contre, c’est tout le business qui tourne autour. Non pas que je sois contre le fait de faire de la revente, loin de là (et j’en fais aussi, ça aide pour amortir les brocantes), mais c’est un peu tout le souci du « ça vaut tant sur Ebay » que j’entends trop souvent. Plus généralement c’est le fait de trop ramener à l’argent qui finit par me porter sur le système.
A mes yeux, l’argent à tendance à saloper le plaisir de la passion, du partage (et pas seulement du matos, mais aussi des connaissances et des idées). Dire qu’au Club 8bits (la première communauté de collectionneurs en France je crois) il était quasiment interdit de parler argent, on ne pouvait qu’échanger ! C’était d’ailleurs frustrant pour le petit nouveau que j’étais et qui n’avait pas grand-chose à proposer à des PhilDub et leurs centaines de machines !
Bery: Faire une bonne affaire en 2011 c’est donc encore possible?
Nico: Oh oui, c’est toujours clairement possible. Il suffit d’être au bon endroit et au bon moment. Une question de veille, et de chance aussi. Etre collectionneur, c’est surtout savoir être patient… Ou alors il faut être riche.Il faut également constater que les prix, dans les manifestations « en live », sont souvent plus bas que sur des forums (eux-mêmes moins élevés que sur des sites généralistes comme Ebay ou Priceminister). Cela permet de se faire plaisir.
Bery: A quelles plateformes joues-tu le plus souvent? Ton type de jeu préféré et pourquoi?
Nico: Je n’ai pas de plate-forme fétiche, je joue en fonction du jeu sur lequel j’ai envie de jouer. Mais dans les machines qui tournent le plus : Super Nintendo, Megadrive, NES, Master System, Game Boy, Playstation… Je joue également beaucoup aux jeux récents, ce qui me fait allumer régulièrement mes 360, PS3, Wii et même la petite dernière, la 3DS que je trouve finalement très sympathique.
En styles, c’est un peu la même chose. En dehors des jeux de sports, j’aime à peu près tout. Reste que mes styles préférés sont le shoot’em up et le RPG. Pas très original pour un passionné, je sais ;)


Bery: Le forum d’Obsolete Tears est TRES animé, et donne au site une touche très familière au contenu. On a souvent l’impression d’être entre potes autours d’un apéro à débattre. C’est cosy, toujours intéressant, et en plus, avec une bonne ambiance. Comment expliques tu que ton forum soit toujours en vie malgré ces suppos de satans facebookiens et autres twitteriens?
Nico: Je pense que les forums ont encore une belle vie devant eux, tout simplement parce que les Facebook et autres Twitter correspondent à un autre pan des réseaux sociaux. Le format des forums est beaucoup plus adapté aux discussions, au contraire de Facebook qui se base plus sur une idée que l’on peut éventuellement commenter.
Ces différents médias sont donc complémentaires, même si je ne suis pas nécessairement fervent défenseur de Facebook. Disons que FB s’oriente autour de la personne, contrairement aux forums qui s’orientent sur des idées, et par extension des passions.
Bery: Quels sont tes prochains objectifs dans l’univers du jeux vidéo?
Nico: Je n’ai pas spécialement d’objectifs. J’espère juste me faire plaisir. Je vois souvent des joueurs blasés, qui ne jouent qu’à un style de jeu par exemple, en fustigeant les autres ou qui scandent le fameux adage du « c’était mieux avant ». De mon côté je ne pense pas être blasé, je m’amuse autant sur un Portal 2 ou un que sur un Zelda III ou un R-Type. J’estime que c’est une belle chance ! Mon objectif pour le site sera donc d’étoffer les fiches jeux, histoire de pouvoir proposer toujours plus de choses au gré de mes découvertes, histoire de vous faire partager ma passion, une fois de plus !


Bery: Merci beaucoup de nous avoir consacré un peu de temps Nicolas. On souhaite toutes et tous ici, longue et éternelle vie à Obsolete Tears qui nous fait rêver (avec déjà plus de 1000 tests!) et revivre de sacrés moments. Je te laisse le mot de la fin!
Nico: Eh merci pour cette interview fleuve ! Je remercie également les plus courageux qui ont eu la force de nous lire jusqu’en bas ;)

Et pour ceux qui voudraient discuter un peu, il ne faut pas hésiter à venir sur le forum ! Nous avons un chat IRC aussi : old school pride !

http://www.obsolete-tears.com/forum/viewtopic.php?f=11&t=4987

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