Devilman, as-tu jamais dansé avec le Diable au clair de lune ?

Comme vous le savez sûrement, les auteurs japonais ne sont nullement effrayés par la mythologie occidentale, que ce soit avec Saint Seiya, ou Angel Sanctuary. Parmi un des premiers auteurs à s’intéresser à notre civilisation si exotique : Gô NAGAI. Il s’est approprié la divine comédie de DANTE, afin de créer une œuvre noire, parfois désespérée, mais franchement jouissive.

Sur quoi se base l’histoire ? Tout simplement sur l’existence des démons, et ce depuis la nuit des temps. Bien avant l’arrivée des dinosaures, le monde était composé d’êtres informes, se nourrissant les uns des autres, ne connaissant ni la compassion, ni l’amour. A la suite d’un gigantesque cataclysme, toutes les entités se retrouvèrent enfermés dans les glaces des pôles, reposant pour des millions d’année. Malheureusement, des événements mystérieux les ont fait resurgir à la surface de la planète. Mais commençons par planter le décor. Tokyo, de nos jours. Akira Fudo est un jeune garçon introverti, souffre-douleur de garnements. Sa seule chance : être aidé par son amie Miki, véritable garçon manqué. Cependant sur une rixe, les 2 amis se retrouvent en sous-nombre, et c’est l’arrivée de Ryô ASUKA, le meilleur ami d’Akira, qui va retourner la situation. Akira est un peu surpris de revoir ce garçon qu’il n’avait pas revu depuis plusieurs mois. Les présentations sont rapides, car Ryô n’est pas venu pour faire des civilités, mais débaucher Akira pour une mission très spéciale : tueur de démons !

En effet, des recherches initiées par le père de Ryô ont montré que les démons sont de retour sur Terre, désireux de récupérer leur territoire. Pour cela, ils tentent de fusionner avec les humains, afin de les faire disparaître. Les démons ne se reproduisent pas, mais se mélangent afin de devenir plus forts, ce qui donne des résultats parfois étonnants, souvent monstrueux. Une seule solution s’impose aux humains : empêcher la fusion, et contrôler les démons. Mais Ryô sait que seuls ceux qui ont le cœur pur peuvent avoir des chances dans cette fusion, et Akira est le candidat idéal. C’est au cours d’une orgie organisée dans la cave de Ryô que l’inéluctable se produit. Attirés par l’alcool, la dépravation, le sang, les démons arrivent et tentent de fusionner. Tous les humains meurent au fur et à mesure, sauf un : Akira ! Celui-ci est arrivé à contrôler le plus puissant des démons : Amon. Enfin le Devilman est né ! Akira peut à présent contrôler ses nouveaux pouvoirs, afin d’empêcher les démons de s’infiltrer parmi les hommes. Ainsi commence l’histoire de l’homme-démon.

Il y a beaucoup à dire sur Devilman, car ce n’est pas un manga tout à fait comme les autres. Gô Nagai a su tirer parti des fantasmes et autres cauchemars des Hommes, ainsi que référencer une des hantises les plus communes : la peur de l’ennemi de l’intérieur. En effet, n’importe qui peut devenir à un moment ou un autre démon. Une véritable chasse s’organise alors très vite, et tout le monde est suspect, y compris les autres hommes qui, comme Akira, ont pu contrôler les démons qui ont essayé de s’emparer de leurs corps. Nagai ravive ainsi les souvenirs des guerres précédentes, où la délation, et la peur de l’autre étaient légion. De plus, comme à son habitude, Gô évite le manichéisme ambiant pour s’attacher aux véritables sentiments. Ainsi, Akira, si doux à son habitude, finit par adorer l’odeur du sang une fois devenu Devilman, histoire de rappeler que l’instinct aime à se rappeler à notre bon souvenir. Siren, mi femme-mi oiseau, bien que démon, nous donne des frissons face à son obstination à éradiquer la race humaine, et sa fin nous laisse un goût d’amertume.

Vient alors LA question : pourquoi les démons se sont réveillés maintenant, après un sommeil de plusieurs millions d’années. Cela je ne vous le dit pas, mais nous en sommes les responsables indirects, du fait notamment de notre incompétence à vivre en harmonie, un comble pour un animal dit « social ». Gô nagai nous livre sa théorie, son interprétation sur les dérives humaines, qui provoqueront sans doute sa perte. De plus, les démons sont-ils réellement mauvais ? Ne sont-ils pas plutôt une race qui pour survivre doit s’allier à une autre ? En effet, les Démons ne peuvent exister les uns sans les autres, du fait des fusions, et comme les animaux, doivent chasser pour vivre. Les humains ne sont-ils pas tout simplement de la nourriture, ou plutôt un envahisseur qu’il faut combattre, lui qui est arrivé il y a si peu de temps à l’échelle terrienne, et qui risque de tuer la Terre nourricière ? Autant de questions que soulève l’auteur.

Loin d’être un simple titre ancien, Devilman est une légende au japon. Depuis maintenant 30 ans, ce manga a suivi les Japonais, les accompagnant dans leurs peurs ancestrales. En effet, ce manga est le reflet de nos angoisses, mais aussi une représentation de notre fin si nous ne changeons pas radicalement notre vision du monde, en passant de parasite sur Terre à acteur de sa survie.

 

Encore faut-il une véritable prise de conscience collective, afin de nous débarrasser de nos propres démons.

 

 

 

 

(articlé publié la première fois sur 2i le 23/06/2001)

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