Nouvelles du Japon et pensées légèrement saoules…

C’est mon premier article, sur ce magnifique site qu’est le nouveau 2nd-impact.

Je me dis que finalement je peux écrire un peu n’importe quoi ici, en tant qu’envoyé spécial de 2i au Japon. Envoyé spécial, très spécial… un peu off the record

Quelle est la situation générale ici. On ne sait pas trop. Je suis une troupe japonaise de théâtre, « Port B », et bien que la réunion d’hier fût un peu tristounette, je garde un bon souvenir de ce qui a été dit. La tension qui est montée, les gens qui nous aiment un peu plus, nous, étrangers coexistant. Ou peut être me trompe-je, aucun racisme au Japon, une pureté face à l’autre qui séduit indubitablement, même si certains aiment un peu trop l’exotisme que nous portons.

Il ne faut pas croire qu’à Tokyo c’est le bonheur absolu, tout le monde fait avec et plaint les quelques réfugiés ayant tout perdu dans le marasme, venant dormir au Mc Do ou dans les cyber-cafés pour les plus fortunés. L’envie de faire quelque-chose est bien sûr palpable, mais que faire, dans quelle situation nous mettre, qu’est-ce qui est effectivement approuvé par la société, qu’est-ce qui ne l’est pas ?

Je me suis retiré pour un temps à Tokushima-ken, Kamiyama. J’ai rencontré des gens formidables, une famille de réfugiers venant de Chiba aussi, dont tout le monde pense qu’elle en fait un peu trop. Tout le monde pense au Japon et à son devenir. J’ai bu aujourd’hui avec un ouvrier dont la famille est de Fukushima. Que faire, quoi dire ? Comment leur apporter ce qui est nécessaire sans le partager avec les autres. La situation est terrible pour nombre de personnes. Des gens, souvent déjà exploitant agricole, pêcheurs, marchands de légumes.

La nuit est belle sur ma terrasse de café de Wakô-shi. L’amour est grand pour toutes ces personnes qui me permettent de rester ici. Je travaille, bien sûr, un peu sous payé, dans un environnement préservé et j’en ai conscience.

Désolé si toutes ces pensées vous gênent. Je m’exprime ici, sans réelle limite et c’est aussi la beauté de ce site. Tout en écoutant la BO d’Akira, film dont on ne cessera jamais de dire du bien parce qu’il le mérite totalement, j’éprouve ce soir un grand amour pour mes chers autochtones.

Il faut faire ce que l’on aime dans la vie, même si cela est dur même s’il y a quelqu’un qui vous en empêche. Je suis heureusement entouré d’amis qui ont compris cela très jeunes. Il n’y a que comme ça que l’on peut s’épanouir. Il n’y a que comme cela que la vie compte et se met à avoir du sens.

J’aime le théâtre, je l’ai toujours aimé. J’ai toujours trouvé que l’art japonais en général, ne s’embarrasse pas de nos principes et codes classiques et peut très bien accaparé des domaines aussi divers que les jeux vidéo ou réseaux sociaux. Les artistes japonais, aussi perdus qu’ils peuvent l’être aujourd’hui ne cessent de trouver de nouveaux moyens d’expression. Les poètes accaparent Twitter, organisent des Sipher, ces mouvements nés aux Etats-unis autour de rappeur prenant la parole tour à tour pour déclamer.

Il n’y a pas de contrainte, les gens intéressants sont des otakus, de toutes les manières dont ‘ils peuvent l’être. Admirons-les. Un poète de Fukushima, fait en ce moment des poèmes incroyables qui donnent même envie d’y aller.

L’amour est grand, les magasins sont pleins, mêmes si ce n’est pas de lumière ni de marchandises. Les restaurants et autres cafés ne désemplissent pas. Les gens veulent vivre.

Je comptais commencer cet article par la nature et MineCraft. Ce jeu entre-aperçu dans les dédales de Youtube, touche les joueurs par son simple principe de survie. La nature est toujours un peu plus forte, plus imprévisibles et l’homme doit lutter contre elle en l’admirant et en la connaissant toujours sous ses deux versants, terrifiant et magnifique. Fêter le Hanami en ce moment serait-il déplacé, de mon point de vue, c’est aujourd’hui qu’il est le plus important. Nous devons nous émerveiller face à la nature autant que nous souffrons par elle. Nous n’avons jamais eu et nous n’aurons jamais le contrôle.

Il n’y a pas de volet au Japon. Les étrangers, dans un premier temps, y dorment mal. La lumière du soleil entre un peu avant 6h et bien qu’endormi tout le monde perçoit la levée de ce cher Soleil.

Nous sommes des hommes et nous devons mettre ce qui compte pour nous personnellement au premier plan. Dans le questionnaire d’une mise en scène récente, était demandé à chacun ce qu’il préfère entre la liberté et l’amour. Serait-ce aussi opposé ? Je n’y ai jamais vraiment pensé de cette façon. L’amour est nécessaire à la vraie liberté, mais l’amour est aujourd’hui tellement devenu un spectacle dans le sens que Guy Debord lui prête que personne n’y croit plus. Il existe pourtant, mais la façon que nous avons de le concevoir a beaucoup changé. Est devenu conforme aux séries tv que nous regardons, nous réfugiant dans les plaisirs fainéants du easy-seeing, alors qu’en réalité nous y intégrons des choses qui forment notre manière de voir la vie et comment elle s’organise, qui nous modèlent même. Et les hommes travaillent trop sans trop savoir pourquoi ou, encore pire, en se disant que ça pourrait être pire, que la situation pourrait être pire pour eux, ils sont en fait toujours effrayés.

La création serait-elle salvatrice ? La participation peut l’être aussi. Tout le monde n’est pas créateur, même s’il y en a plus qu’on le croit.

Profitons, profitons du temps qui nous reste à être, profitons de l’argent que nous gagnons, raisonnablement bien sûr, mais profitons. Quand on y pense, il suffit de peu de choses, pour moi, de voir les cerisiers en fleurs, ou des cascades d’eau à travers la mousse verte, ou simplement d’observer, à distance comment la vie s’organise et de se voir petit.

Finalement, ce soir, rien n’apparaît, ce billet en informera-t-il certains, il en fera vraisemblablement rire beaucoup… ce n’est pas grave. Rien ne l’est vraiment. La joie est un état d’esprit, c’était celui d’hommes incroyables comme Claudel ou Barrault. Je me plains souvent de n’être qu’un jouisseur, mais combien peuvent réellement profiter de pouvoir réellement jouir à l’écoute du concerto pour piano en sol majeur de Ravel. Cela aussi demande du travail. Prendre chaque oeuvre comme une immense oeuvre d’art. Cela demande du travail et un regard sur soit que l’on protège souvent à l’ombre d’un regard cynique et blagueur auquel nous contrait peut-être notre entourage.

Il faut savoir baisser sa garde, il faut savoir être faible.

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